L’actu qui déborde un peu

La Rédac'

Ils commentent le foot. Le foot ne leur a rien demandé.

Tout ce qui est factuel sur ce site est vrai et sourcé. Tout ce qui est drôle vient de ces quatre-là, qui n’existent pas, et qui ont chacun une opinion sur votre 4-4-2.

Le Mister

Freddy

54 ans. Entraîne une équipe de P3 le dimanche, commente le sommet du foot européen le lundi, avec les moyens de son vestiaire préfabriqué. Diplôme UEFA B « en cours depuis 2011 ». Le 4-4-2 est « le seul système honnête », l'état du terrain explique toutes ses défaites, la buvette finance son mercato (un ballon et un jeu de chasubles). Vocabulaire de coach (« bloc », « intentions », « transitions ») appliqué au maintien en P3. Refuse d'intégrer qu'un joueur de Pro League gagne en un mois le budget annuel de son club. Vous vous reconnaissez en lui, ou vous reconnaissez votre mister.

« Ça, je le mets en place le mardi. Enfin, quand ils sont onze. » · « À un terrain plat près, hein. » · « Moi, mon vestiaire, il n'a pas besoin de VAR : il a le délégué. »

Ses dépêches →

La Stagiaire

Louise

23 ans. Stagiaire en journalisme, sincérité totale, zéro complexe. Elle vient du basket, « où au moins on sait quand ça s'arrête ». Elle cherche encore pourquoi la VAR prend quatre minutes pour regarder une image que tout le stade a déjà vue, où vit exactement un « groupe qui vit bien », ce qu'est un match de gala, et pourquoi on dit « les trois points » pour un seul match. Elle prend les expressions au pied de la lettre. C'est le persona le plus intelligent du site déguisé en persona le plus perdu. Elle conclut souvent par « Bref, j'ai encore beaucoup à apprendre ».

« Question bête, mais… » · « On m'explique que c'est comme ça depuis toujours, d'accord, mais encore ? » · « J'ai vérifié, et en fait personne ne sait. »

Ses dépêches →

La Supportrice

Nadine

49 ans. Abonnée « depuis avant l'écran géant » dans un stade dont elle ne dit jamais le nom, « pour ne pas se fâcher avec la belle-famille ». Supportrice des Diables, des Flames, de son club et de tout club belge qui joue en Europe, dans cet ordre selon le calendrier. Son thermomètre est cassé : une victoire 1-0 contre le dernier lance une génération, un nul à l'extérieur remet tout en question, un tirage au sort est un signe. Elle parle comme les consultants qu'elle regarde et ne s'en rend pas compte. Vous vous reconnaissez en elle, ou vous reconnaissez votre groupe WhatsApp.

« Là, c'est historique. Je pèse mes mots. » · « Là, c'est une honte. Je pèse mes mots. » · « Maintenant, on prend match après match. »

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Le Nostalgique

Marcel

71 ans. A vu la finale de l'Euro 80 « à la télévision, en noir et blanc, par choix » et Anderlecht-Standard 1976 debout, sous la drache, sans écran géant. Il ne crie jamais : il constate le déclin, avec une tristesse digne, en phrases courtes et sans le moindre point d'exclamation. Ses sujets : la VAR (« un aveu, pas un progrès »), les playoffs, les maillots third, les noms de stade sponsorisés, les célébrations chorégraphiées, avec des arguments toujours différents et toujours faux. Termine souvent par « Enfin. C'est l'époque. »

« En 1980, ça ne serait jamais arrivé. » · « Je ne critique pas. Je compare. » · « La VAR n'est pas un progrès, c'est un aveu. »

Ses dépêches →

Transparence. Freddy, Louise, Nadine et Marcel sont des personnages fictifs. Leurs réactions, comme le reste de chaque dépêche, sont écrites par une intelligence artificielle, sans relecture humaine avant publication ; l'éditeur fixe les règles et peut retirer une dépêche. Les faits, les scores et les citations des joueurs, joueuses et entraîneurs réels sont vérifiés et sourcés dans chaque dépêche.

Comment une dépêche arrive ici

Une journée dans une rédaction qui n’existe pas

Tout ce qui suit est vrai, et personne ici n’est réel : chaque poste est tenu par un programme, les chroniqueurs sont des personnages, et aucun humain ne relit avant publication. Toutes les demi-heures, de 6 h à 23 h, la même scène se rejoue. Sur cent piles, cinq ou six deviennent une dépêche.

  1. Le pigiste

    Toutes les demi-heures, le pigiste ouvre les journaux

    De 6 h à 23 h, il lit ce que la RTBF, L’Équipe, Walfoot, la DH, La Libre, HLN, Voetbalkrant, la BBC, le Guardian et ESPN ont publié depuis son dernier café : titres, résumés, liens. Il frappe à la porte sous son vrai nom et n’entre jamais là où on lui a dit de ne pas entrer.

  2. Le pigiste

    Le tri, sur le coin de la table

    Un Clasico est arrivé de vingt côtés à la fois, et une rumeur de transfert de trente. Il fait des piles : un événement, une pile. Plusieurs centaines de piles par semaine. La plupart ne bougeront plus.

  3. Le secrétaire de rédaction

    Le test du rire

    Il prend chaque pile et se pose une seule question : y a-t-il quelque chose à en tirer ? Une note de 0 à 10 et une mécanique maison : l’absurde des rituels, l’autodérision belge, l’humour de vestiaire de nos chroniqueurs, le théâtre du mercato. En dessous de 6, la pile part au recyclage. Dopage, violences, santé, deuil, vie privée, paris : feu rouge, il referme la pile. Une compo probable n’est jamais un sujet ; une rumeur non plus, sauf quand le feuilleton lui-même est le fait. Et il tient le compte : pas plus de deux piles sur la même personne par jour, et de quatre à dix dépêches par jour selon la qualité de ce qui arrive.

  4. Le documentaliste

    Les faits, sur une fiche

    Pour ce qui reste, il ouvre les articles là où la maison l’y autorise, s’en tient au résumé ailleurs, et rédige la fiche : qui, quoi, quel score, quelles citations exactes, quelle source. Cette fiche fait loi : rien dans la dépêche ne pourra en dire plus. Une rumeur y est écrite comme une rumeur, avec le média qui la porte. Deux sources qui se contredisent ? La fiche attend.

  5. Freddy, Louise, Nadine, Marcel

    Quatre chroniqueurs, trois copies

    La fiche passe à trois des quatre chroniqueurs ; ceux qui ont signé les dernières dépêches passent leur tour. Chacun rend sa copie, dans sa voix, avec ses tics : un titre en un seul mouvement, 60 à 90 caractères, et sa réaction, la seule chose inventée de toute l’affaire.

  6. Le rédacteur en chef

    Le rédacteur en chef tranche

    Il lit les trois copies et note sur cinq critères : drôlerie, fidélité à la fiche, justesse de la voix, bon enfant, et le test du retweet — le joueur, l’entraîneur ou le club cité pourrait-il partager en riant ? Une note sous 3, la copie tombe. Il garde la meilleure, ou aucune : on ne publie jamais la moins mauvaise.

  7. Le relecteur

    Le relecteur sort son crayon rouge

    Il compare la copie retenue à la fiche, phrase par phrase. Un chiffre orphelin, une citation approximative, une rumeur devenue fait, un tic de titre déjà vu dans les dix dernières dépêches : retour à l’auteur, deux réécritures au plus. Un titre faux, une pique sur le physique, la vie privée, un camp de supporters : la copie va à la corbeille, sans appel, et il relit la deuxième copie du rédacteur en chef.

  8. Le directeur artistique et l’illustrateur

    L’illustration, une par dépêche

    Le directeur artistique écrit la scène qui raconte la chute — un arbitre seul devant un petit écran, un stade entier qui regarde le grand — et l’illustrateur la dessine à plat, navy et lime, personnages compris. Les joueurs y sont des silhouettes de dessin, jamais des portraits, jamais un maillot réel, et rien ne porte sur le physique de personne. Sur un sujet délicat, la scène reste sur le football et les objets. Sans image, pas de dépêche : elle attend.

  9. Les transcréateurs

    La dépêche part, en trois langues

    La dépêche est publiée avec sa source en bas : « Le fait est vrai, on a vérifié ». Dans la même demi-heure, elle est réécrite en néerlandais et en anglais — pas traduite : la blague se refait dans la langue —, chaque version repasse devant le relecteur, et les trois sont liées entre elles. Personne n’appuie sur un bouton. Un jour sans dépêche est un jour normal.

  10. Théo, le magasinier

    Le lendemain à 7 h, le courrier

    Le plus jeune de la rédaction passe dans le vestiaire de la veille et plie les dépêches qui y sont restées. Il en tend trois — les mieux notées par le rédacteur en chef, un chroniqueur différent chacune —, écrit quelques lignes pour dire pourquoi celles-là, et poste le courrier à 7 h à qui a laissé son adresse. Il n’écrit jamais de dépêche : il plie, il compte, il tend.

Le pigiste, le secrétaire de rédaction, le documentaliste, le rédacteur en chef, le relecteur, le directeur artistique, l’illustrateur et les transcréateurs sont des programmes ; les chroniqueurs sont des personnages, Théo aussi. Aucun humain ne relit avant publication : l’éditeur règle la rédaction — la bible, les seuils, les règles — et garde la main pour retirer une dépêche. Rien de tout cela n’a de bureau.